Léonard de Vinci ou la main intellectuelle

Mai 13, 2018 | Non classé | 0 commentaires

Léonard de Vinci (1452-1519) relevait que la main était intellectuelle ; sans doute nous mettait-il déjà sur la piste consistant à dire qu’il n’y a pas d’un côté les « intellectuels » et de l’autre les « manuels ». Dans tous les cas, la formule est étonnante, proche de l’oxymore : pour y voir plus clair peut-être faut-il aller lire plus avant au sujet de sa philosophie de travail.

Ainsi que le remarquait historien Gabriel Séailles (1), nous ne connaissons que peu de choses de la vie personnelle de Léonard de Vinci : de lui, la postérité a retenu  des productions  témoignant de cette activité manuelle intense, toute dans l’immédiateté du geste, de l’observation des phénomènes et de la réalité qui l’entouraient : peintures, dessins, croquis , manuscrits, mais aussi, notes prises au jour le jour. Ainsi dans ces notes, on peut trouver ce type de remarque : « les sujets qui m’occupent relèvent plus de l’expérience que des mots. »  Si méthode il y eut, elle fût tout d’abord dans l’accumulation de ces matériaux fugaces, témoins de la réalité, s’ordonnant peu à peu dans son esprit ; ces notes et observations devenaient des chapitres, qui eux-mêmes formaient des traités, « portant sur des sujets de plus en plus étendus, à mesure que se découvrent les rapports des choses ».  Au départ, c’est bien le geste et le réel qui parlent, à travers les yeux, le cerveau et la main de Léonard de Vinci.

Les relations entre les connaissances, acquises au jour le jour, de même que leur classement, ne pouvaient être effectués à priori, mais bien au terme d’un processus de collecte de « matériaux multiples et dispersés ».

De Léonard de Vinci, on peut supposer une certaine méfiance vis-à-vis de l’introspection mais aussi du regard porté sur le monde extérieur,  un regard bien souvent encombré des projections et savoir propre a chaque individu. Ainsi déclarait-il : « L’expérience ne se trompe jamais, ce sont nos jugements qui se trompent ».  Peut-être plus que les mots eux-mêmes, ce dont il se méfiait, c’était le savoir « livresque », les discours qui ne se basent pas dans l’expérience de la personne, mais dans des vérités toutes faites, établies par des autorités abstraites.

Dans une société ou régnait encore la scolastique, la parole des Pères de l’église, et l’idée que le monde, l’homme peut le penser, mais c’est Dieu qui le crée, Léonard de Vinci déclarait audacieusement :

« Celui qui discute, en alléguant l’autorité, ne met pas en œuvre son jugement (ingegno), mais sa mémoire. Les bonnes lettres sont nées d’un bon naturel, et la cause étant plus à louer que l’effet, je louerai plus un bon naturel sans lettres, qu’un bon lettré sans naturel (sanza naturelle). »

Ainsi l’importance d’un jugement personnel ou plutôt « naturel » comme il le dit lui-même serait à placer au-dessus du savoir froid et impersonnel qui tend pourtant si souvent à s’imposer comme autorité en matière de discussion, mais aussi dans les affaires publiques. Sujet passionnant et extrêmement riche, avec lequel les scientifiques et politiques eux-mêmes débattent encore aujourd’hui.

Ici à l’équipe du Brainworking nous ne pouvons que nous inspirer des écrits de Léonard de Vinci, qui sont riches de beaucoup d’intuitions et s’inspiraient de la vie avant tout : ces oeuvres nous laissent de nombreuses pistes de réflexion dans un monde qui, s’il a changé, n’en reste pas moins toujours soumis à des discours qui se positionnent comme des vérités uniques, qui nous sont imposés même si leurs origines et leurs desseins nous sont inconnus, nous rendant parfois étrangers à nos propres modes de vie : du moins, qui nous éloignent de ceux qui nous seraient naturels.

1) Léonard de Vinci, savant : sa méthode et sa conception de la science

Revue des Deux Mondes tome 107, 1891

 

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